En bordure d'une voie médiévale, voire romaine, se dresse un corps de ferme au lieu-dit Brise-Bêche, situé dans une cour commune en U caractéristique de l'architecture briarde. Un certain Julien Callé, à partir de 1912, va y installer une auberge. Animateur au Lapin Agile, célèbre cabaret de la Butte Montmartre, il modifie l'aspect extérieur du bâtiment pour créer une réplique campagnarde du cabaret parisien. Les murs sont teints en rouge, les portes et fenêtres peintes en vert.
L'enseigne apposée sur la façade — une nymphe vaporeuse brandissant un œuf — s'est substituée au lapin montmartrois. De larges ouvertures percées semblables à celles des ateliers d'artistes parachèvent l'ensemble. Montmartre-sur-Morin est né.
Callé attribue à l'auberge un passé glorieux et chargé d'histoire : lieu de rendez-vous galant d'Henri IV et Gabrielle d'Estrée, cour du marché aux andouilles de l'abbaye de Jouarre, emplacement de la première guillotine de province, chambre de Napoléon Ier à l'issue de la bataille de Montmirail…
La clientèle est composée d'artistes, d'industriels et de politiciens — une bonne trentaine autour d'une grande table à carreaux rouges et blancs, partageant les repas simples de Maud, émaillés de chansons et d'anecdotes.
L'auberge de l'Œuf dur et du Commerce, c'est le nom de la maison, est posée sur la prairie au bord du Morin comme un petit hameau de quatre ou cinq maisons roses et vertes. On y joue aux boules. […] Il y eut Segonzac, Gus Bofa, Asselin, Dignimont, Galtier-Boissière, Carco, Dorgelès, Avelot, Salmon, Cecil Howard et beaucoup d'autres. Je ne pense pas qu'il existe à soixante-dix kilomètres de Paris un tel lieu de rassemblement…
À la fin des années 1930, la récession consécutive au krach boursier touche la clientèle de l'Œuf dur et entraîne sa fermeture définitive, approximativement avant le déclenchement de la Seconde Guerre mondiale.